On ne jouera pas au jeu des souvenirs comparés, mais il faudrait remonter assez loin pour trouver en France une exposition du lettrisme plastique d’une importance approchante, en terme de quantité, de diversité et de qualité, si l’on excepte celle très pure présentée à la galerie Vingt-Sept en 1995*, voire jusqu’à la seule Salle lettriste et hypergraphique du Musée national d’art moderne en 1968. Dire cela, c’est dire à quel point elle aimerait marquer un moment important pour la compréhension de cette école. Pensée selon les propres termes de son commissaire “moins comme une exposition de noms qu’une exposition d’oeuvres”, elle se présente comme un choix d’une quarantaine de grands formats, accompli dans la majorité des cas à partir des propositions des artistes. L’accrochage espacé, classique, privilégiant la clarté au nombre semble, aux dires des premiers échos recueillis, avoir atteint son but qui était de permettre une lecture sereine des diverses approches. Qu’on fait les créateurs lettristes des théories d’Isou ? Ils ont notamment fait ce que vous verrez ici.
Le livre édité en regard de l’exposition, offre quant à lui un regard large sur les étapes esthétiques du lettrisme. Parmi les écrits, six d’Isidore Isou de diverses époques utilement réunis ici, une interview de Roland Sabatier précisant les axes principaux de son projet à Philippe Blanchon et un beau texte de ce dernier, on lira avec intérêt le témoignage du galeriste et collectionneur Éric Fabre sur le travail accompli avec Isou pour l’exposition sur la méca-esthétique.** A l’iconographie, très riche, on reprochera seulement quelques disproportions dans la manière dont sont représentés certains artistes, plus prononcées encore que dans l’exposition (et le livre est ce qui reste).
Enfin un seul gros regret, une programmation beaucoup trop courte (un mois) au regard de ce que mérite cette présentation. Peu de temps pour que le bouche à oreille fonctionne.
* toute proportion gardée, d’espace d’abord et de catalogue, seule une plaquette avait pu être éditée, mais avec une quarantaine de pièces d’égale qualité muséale (commissariat Jim Palette)
** Galerie de Paris, Paris, 1987.
Lettrisme, vue d’ensemble sur quelques dépassements précis Commissariat : Roland Sabatier
Oeuvres de : Isidore Isou, Gabriel Pomerand, Roland Sabatier, Micheline Hachette, Alain Satié, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Broutin, Woodie Roehmer, Anne-Catherine Caron, Virginie Caraven et Damien Dion
Villa Tamaris centre d’art Avenue de la Grande Maison. 83500 La Seyne-sur-Mer. Tél. 04 94 06 84 00
Jusqu’au 28 novembre
Un livre-catalogue, 264p., 249 reproductions couleurs et n/b, nombreux textes, est disponible au prix de 30 euros.
